La Belgique peut-elle encore rivaliser avec d’autres pays ? s'interroge le banquier central belge Pierre Wunsch

«2025 est l'année de l'effondrement de notre monde», a déclaré début mars Pierre Wunsch, gouverneur de la Banque nationale, en ouvrant avec un air gaulois la présentation du rapport annuel 2025. Il faisait référence aux mesures prises par l’administration Trump aux États-Unis, avec les droits de douane au premier plan de ses préoccupations. Ce sont des interventions qui bouleversent l’ordre mondial et créent de l’incertitude. La guerre en Iran qui a débuté le 28 février, lorsqu'Israël et les États-Unis ont lancé des frappes contre la République islamique, est arrivée trop tard pour être prise en compte dans le présent rapport, mais n'aura bien sûr pas amélioré les perspectives économiques de la Belgique.

Curieusement, tout ce drame contraste avec une économie mondiale remarquablement stable, grâce au boom de l’IA aux États-Unis et à la croissance continue des économies émergentes comme la Chine et l’Inde. Au vu des chiffres, on pourrait presque penser que 2025 a été une année plutôt ennuyeuse.

En Belgique également, il n'y a eu pratiquement pas de fluctuations économiques majeures en 2025, qu'elles soient positives ou négatives : une croissance plutôt modeste de 1 pour cent et un taux de chômage de 6,2 pour cent, « qui a légèrement augmenté mais reste historiquement bas ».

Les opportunités de l’IA et de la robotique

Et pourtant. Wunsch et ses collègues de la Banque nationale s'inquiètent en effet de la position concurrentielle de la Belgique, c'est-à-dire de la force de l'économie belge par rapport aux autres pays. « Il s'est détérioré structurellement », a prévenu Wunsch.

« Nous avons maintenant un déficit commercial depuis quatre années consécutives (c'est-à-dire que nous importons plus que nous exportons), alors qu'auparavant nous avions un excédent. Cela donne l'impression qu'il se passe quelque chose de structurel.

Selon Wunsch, les secteurs qui ont donné un élan économique à la Belgique ces dernières années sont désormais sous pression. «Nous savons que l'industrie souffre des prix élevés de l'énergie et que nous avons ici des ambitions climatiques plus élevées qu'aux États-Unis. Traditionnellement, nous exportions également beaucoup de produits pharmaceutiques vers les États-Unis, mais désormais, les États-Unis souhaitent importer cette production là-bas.

Que peut faire la Belgique à ce sujet ? « Il n'y a pas de solution magique, mais il faut continuer à jouer le jeu : se tourner vers les secteurs de l'avenir et non vers ceux du passé », souligne Wunsch. « Aujourd'hui, il s'agit de plus en plus d'IA et de robotique, et nous possédons également de nombreux atouts dans ces domaines. Pensez, par exemple, à Imec à Louvain.

Mais ce sont précisément ces secteurs dans lesquels il faut oser prendre davantage de risques, ajoute-t-il. « Il ne s'agit pas d'une industrie traditionnelle, où les progrès sont relativement lents. Les choses bougent vite aujourd’hui et la société belge doit oser s’adapter à cela.