De Stemming évalue les préférences politiques et les préoccupations sociales des Belges. Il s'agit d'une enquête annuelle commandée par VRT NEWS, le quotidien flamand De Standaard et la chaîne publique francophone RTBF, réalisée par l'Université d'Anvers et l'Université libre francophone de Bruxelles, l'Université Libre de Bruxelles ou ULB. L’enquête a été réalisée en mars 2026.
Adversaire ou allié ? C'est la question posée aux participants de De Stemming concernant les superpuissances et les alliances mondiales.
Le résultat est frappant : la moitié des Belges considèrent les Etats-Unis, l'allié traditionnel de l'Europe, comme un adversaire. Seuls 10 pour cent considèrent encore les Américains comme un allié.
C’est la première fois que la sécurité internationale occupe une place aussi importante dans cette enquête. Les chercheurs ne sont donc pas en mesure d’établir des comparaisons avec les années précédentes, mais ils supposent qu’il s’agit d’un changement radical. «Nous avons observé un niveau de méfiance particulièrement élevé», déclare le politologue Stefaan Walgrave (Université d'Anvers), qui a contribué à la réalisation de l'enquête.
L'enquête a été réalisée en mars, juste après le début des attaques américaines et israéliennes contre l'Iran. Les conséquences de cette situation, comme la hausse des prix de l’énergie due à la fermeture du détroit d’Ormuz, faisaient l’actualité à l’époque. Cela a peut-être joué un rôle.
Même si la politique du président américain Donald Trump suscitait déjà des inquiétudes en Europe depuis son retour à la Maison Blanche, il suffit de penser à ses revendications sur le Groenland ou à ses critiques acerbes à l'égard de l'Alliance de l'OTAN.
Beaucoup d'incertitude concernant la Chine
Une constatation remarquable : la Chine est moins souvent considérée comme un adversaire que les États-Unis. Environ 40 à 44 pour cent des Belges considèrent le pays comme un adversaire.
Cependant, seul un très petit groupe considère la Chine comme un allié. Il y a surtout plus de répondants indécis. Près de la moitié des personnes interrogées choisissent l'option « ni allié ni adversaire ».
Et l’on s’inquiète également de l’agression chinoise. Près de 60 pour cent des Belges considèrent comme probable une attaque militaire chinoise contre la province autonome de Taiwan dans un avenir proche.
« En sécurité au cœur de l'Europe »
Les Belges se sentent relativement en sécurité sur leur sol national. Une petite minorité (12 pour cent en Flandre, 21 pour cent en Wallonie) pense que la Belgique serait attaquée militairement directement.
Walgrave attribue cela à notre situation géographique : « Je pense que le sentiment dominant est qu’étant au cœur de l’Europe, entourés par un certain nombre de pays européens, nous ne sommes pas nous-mêmes en danger immédiat. »
En revanche, les Belges sont plus pessimistes quant aux scénarios de conflit. Près de 80 % considèrent comme probable une attaque américaine contre un pays non membre de l’OTAN, et environ un tiers pensent la même chose s’il s’agit d’une attaque contre un État membre de l’OTAN. Le Venezuela, l'Iran et le Groenland (qui fait partie de l'OTAN via le Danemark) étaient peut-être dans les esprits à cet égard.
La rupture de la confiance avec Washington a des conséquences majeures sur la façon dont les Belges perçoivent la défense et l’économie. Il existe un consensus (80 pour cent et plus) sur le fait que l’Europe doit devenir pleinement autosuffisante militairement.
La même chose s’applique à l’économie. Maintenant que les États-Unis augmentent les droits de douane sur les importations, une nette majorité (60 à 70 pour cent) estime que l'Union européenne doit prendre des contre-mesures économiques sévères.
Enfin, près de 90 pour cent estiment que la Belgique ne doit pas permettre aux Américains de s'immiscer dans ses affaires intérieures, un avis qui reflète le tollé suscité par les propos tenus par l'ambassadeur américain Bill White à propos de la procédure judiciaire belge dans le cadre d'une enquête sur des exciseuses juives.
« Les Belges adhèrent en fait à l'idée selon laquelle : nous sommes en conflit avec les États-Unis et nous devons riposter. Nous ne devons pas les laisser nous bousculer», déclare Walgrave.
Les Belges ne tournent pas le dos à l’UE ou à l’OTAN. Même s'il existe une certaine méfiance à l'égard de leur principal partenaire (les États-Unis), 80 pour cent estiment qu'il ne faut en aucun cas quitter l'alliance. Même parmi les électeurs du Parti communiste travailliste (PVDA), d’extrême gauche, il existe une majorité en faveur du maintien de l’adhésion à l’OTAN.
Les Belges ont tendance à considérer l’OTAN comme un bouclier collectif européen plutôt que comme un instrument américain.