Les vitraux de la Cathédrale de Bruxelles représentent « Le sacrement du Miracle », également connu sous le nom de « Miracle des Hosties Saignantes ». Selon la légende, au XIVe siècle, des Juifs bruxellois auraient volé des hosties consacrées et les auraient ensuite transpercées avec un couteau. Un miracle se produisit alors, lorsque le sang du Christ coula des armées.
Six Juifs furent exécutés en 1370 et brûlés vifs sur la place du marché de Bruxelles. Cet événement a marqué le début d'une tradition séculaire selon laquelle les hosties étaient vénérées, également lors de processions à Bruxelles. Le miracle est représenté en intégralité sur les vitraux de la cathédrale Saint-Michel-et-Gudule. Les vitrines montrent des Juifs au nez crochu caricatural.
À l’époque où la légende est née, l’antisémitisme était répandu dans l’Europe médiévale. « En proie aux guerres, à la peste et aux famines, les communautés et minorités juives étaient souvent considérées avec méfiance », écrit la cathédrale sur son site Internet. Des accusations comme celles portées dans cette légende ont contribué davantage à la propagation de l’antisémitisme en Europe.
Verre antisémite
Après la Seconde Guerre mondiale, le miracle a été perçu sous un autre jour. Lors du Concile Vatican II dans les années 1960, l'Église catholique romaine a condamné l'antisémitisme et, en 1977, après des années de négociations, une plaque expliquant l'histoire a été installée dans la cathédrale Saint-Michel-et-Gudule. Le texte reste assez vague et évoque « le caractère tendancieux de l'accusation et la représentation légendaire du miracle ».
Cette plaque a suscité de nombreuses critiques de la part de la communauté juive. Ils ont souligné que la plaque ferait mieux de rappeler aux gens les préjugés de l'Église catholique romaine à l'égard des Juifs et comment le fanatisme religieux a conduit à la persécution des Juifs. En 2007 encore, l'historien bruxellois Roel Jacobs notait que la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule pouvait être considérée comme l'un des plus grands monuments antisémites du pays.
La nouvelle plaque avec une explication plus explicite a été dévoilée à la suite d'une conférence marquant le 800e anniversaire de la cathédrale Saint-Michel-et-Gudule. C'est le bollandiste Robert Godding qui a donné la conférence axée sur les vitraux, les miracles et l'antisémitisme dans l'Europe médiévale.
Excuses
Suite à la conférence, la plaque de 1977 a été remplacée par une plaque commémorative en néerlandais, français, anglais et hébreu en présence de Mgr Luc Terlinden, de Benoît Lobet, doyen du Centre de Bruxelles, et d'Albert Guigui, grand rabbin de Bruxelles.
« La nouvelle plaque présente des excuses et reconnaît très clairement la nature antisémite de la légende. Nous souhaitons également reconnaître que la légende a causé beaucoup de douleur au sein de la communauté juive », explique Lobet.
Le texte de la plaque a été rédigé par l'archevêque et divers représentants de la communauté juive. « Il y a eu en effet de nombreuses plaintes de la part de la communauté juive concernant les vitraux. Parce qu'ils trouvaient pénible que les Juifs soient ainsi stigmatisés. Je pense donc qu'il est très important de présenter des excuses et ainsi de pouvoir réconcilier les communautés. »
En outre, un appel a été lancé pour cesser de vénérer publiquement le miracle.