« Le jeu de Mobutu » : un thriller politique sur l'ascension et la chute de l'ancien dictateur congolais est diffusé

Mobutu ramène le Congo à « l’authenticité »

C’est ainsi que Mobutu apparaît comme un stratège politique en quête de plus de pouvoir. « Je lui rendais visite tous les jours pour prendre un café et il lisait « Le Prince » de Machiavel », laisse échapper le chef de la CIA, Larry Devlin.

Lorsque Mobutu se retrouve en difficulté en tant que commandant militaire incompétent, ses alliés occidentaux viennent à son secours. Il sait très bien que la guerre froide fait également rage sur le continent africain et que les Américains ont besoin du cuivre et du cobalt congolais pour leur guerre au Vietnam. En même temps, il gère l’image de la décolonisation que voit son propre peuple. Il change le nom du pays en « Zaïre » et, sous couvert de authenticitése débarrasse de tous les symboles coloniaux.

Mais ce n'est qu'une façade. Son État à parti unique, dirigé par le parti MPR, est une coquille creuse, au service de plus en plus d’un leader unique. Mobutu Sese Seko, « l'éternel qui ne disparaîtra jamais ». Son culte de la personnalité devient grotesque. Il est applaudi par les danseurs, ses portraits sont accrochés partout et des images messianiques de son visage sur un ciel bleu apparaissent à la télévision d'État… Un messie qui se livre simultanément à des abus sexuels institutionnalisés et à une corruption généralisée.

Mobutu et sa clique intérieure deviennent de plus en plus riches, le peuple congolais de plus en plus pauvre. Dans l'une des images les plus marquantes du documentaire, la caméra suit les rues de Kinshasa. D'abord les quartiers pauvres remplis d'ordures, de trottoirs cassés et de boutiques de rue, puis les larges avenues du quartier de la Gombe, au bord du fleuve Congo, pour finir dans la luxueuse villa de Léon Engulu, le fidèle lieutenant de Mobutu. Ce dernier glorifie son ancien patron, affirmant sans sourciller que la corruption, l'enrichissement et la dictature, ça va. «J'ai été façonné par les Blancs. Et c'est pourquoi je les imite.

Descente aux enfers

La distance entre le leader kleptomane et son peuple se creuse. Dans les années 1970 et 1980, Mobutu essayait encore d’impressionner le monde extérieur avec des projets comme la centrale hydroélectrique mégalomane d’Inga, non pas pour l’électricité des Congolais, mais pour les mines du Katanga. « Nous avons négocié le contrat », déclare Herman Cohen, alors ambassadeur américain.

Mais Mobutu devient aussi un autocrate paranoïaque. Toute forme de protestation est brutalement réprimée. On nous montre les avions et les hélicoptères à partir desquels les opposants politiques sont simplement jetés dans le fleuve.

Même une lettre de critique timide de la part de 13 députés se heurte à des arrestations et à des violences. Le fardeau croissant de la dette de son pays, dû en partie aux prix décevants du cuivre, ne peut pas déranger le dirigeant. Mobutu laisse couler l'argent et tandis que son peuple gémit de pauvreté, il continue de s'enrichir sans aucune modération.

Jusqu'en 1989. Le mur de Berlin tombe et, avec horreur, Mobutu regarde à la télévision son ami proche, le dictateur roumain Ceaușescu, et son épouse, exécutés sous l'acclamation populaire. Mobutu devient terrifié et se rend compte que le même sort pourrait lui arriver.